Alors que l’été déroule son lot de catastrophes et de nouvelles anxiogènes, comment agir sans se décourager ? Comment continuer à garder le moral et même… le sourire ?
Je profite de la pause estivale pour faire un pas de côté et partager avec vous quelques-uns de mes petits bonheurs. Des moments de qualité de vie que l’on peut vivre chez soi, mais aussi, pourquoi pas, au travail. Et si on parlait du bonheur...
Car en entreprise comme dans les administrations, le mot « bonheur » reste encore largement tabou. On a bien vu apparaître ces dernières années le terme de Happiness Manager, une fonction parfois décriée, car le bonheur peut difficilement être décrété ou administré. Le terme qualité de vie au travail, plus neutre et dont la promesse semble moins grandiloquente, paraît sans doute davantage à notre portée.
Et si nous pouvions agir concrètement sur certains ingrédients du bonheur, sans chercher à le décréter ? Et si l’écofrugalité pouvait nous rendre plus heureux ?
C’est l’une des convictions que je défends dans la dernière édition du Guide Ecofrugal : agir pour l’environnement ne devrait pas être synonyme de privations, de culpabilité ou de morosité.
Au contraire, passer à l’action dans son quotidien peut nous apporter des bénéfices très concrets et immédiats : économiser de l’argent, gagner en autonomie, apprendre de nouvelles choses, créer du lien… et même retrouver le plaisir d’agir.Le livre développe cette idée et propose de nombreuses pistes pour mettre l’écofrugalité en pratique
au quotidien.
Mais plutôt que de vous en parler de manière théorique, j’ai eu envie de vous montrer ce que cela donne dans ma propre vie, avec quelques exemples très récents et très concrets.
Des petits gestes, parfois anodins, qui m’ont apporté du réconfort, de la joie ou de la fierté, tout en contribuant, à leur échelle, à un monde plus soutenable. Car parfois, le meilleur antidote à la morosité ambiante est peut-être tout simplement de passer à l’action, à son échelle, ici et maintenant.
Bien sûr, nos actions du quotidien ne suffiront pas, à elles seules, à résoudre les grands problèmes environnementaux. Mais elles peuvent nous aider à mieux vivre cette époque, en retrouvant une capacité d’agir sur ce qui est à notre portée.
La frustration peut ouvrir des portes
L’autre jour, j’allais déposer mon compost dans un point d’apport volontaire.
Arrivé sur place, je n’ai pas pu me résoudre à déverser mes biodéchets dans un bac rempli de bouteilles et d’autres déchets qui n’avaient rien à y faire. Je suis donc reparti tout penaud avec mon seau de compost. Quelques mètres plus loin, j’ai aperçu l’entrée d’un immeuble donnant sur un jardin partagé associatif. J’y ai poussé la tête… et découvert une véritable oasis de fraîcheur et de verdure en pleine canicule.

En plein cœur de la Goutte d’Or, ce jardin participatif avait remplacé un ancien parking qui générait toutes sortes de nuisances : dépôts sauvages, consommation de tsupéfiants, délinquance… Le salarié de l’association m’a raconté l’histoire incroyable de ce lieu et m’a même proposé de déposer mes biodéchets dans leur composteur.
Comme quoi, une frustration peut parfois être le début d’une belle rencontre.
Moralité : croyons à la sérendipité. Des contraintes, voire des frustrations, peuvent parfois naître des opportunités, des rencontres et du partage.
Un grille-pain et un petit sentiment de fierté
Autre découverte : un grille-pain abandonné dans la poubelle jaune d’une copropriété. Mon premier réflexe a été de le sortir du bac : il n’avait évidemment rien à y faire et aurait dû être rapporté dans un point de collecte des équipements électriques et électroniques. Il était en excellent état extérieur, alors je l’ai ramené chez moi.
Après un petit diagnostic, aidé par l’IA, j’ai identifié la panne : un fil dénudé à l’intérieur. Je l’ai reconnecté… et le grille-pain s’est remis à fonctionner ! Cela tombait bien : je n’en avais pas.

Au-delà de l’économie réalisée et de l’objet sauvé de la benne, j’ai ressenti une vraie satisfaction : celle d’avoir réussi à réparer quelque chose alors que je ne suis pas particulièrement doué pour le bricolage. Et ce vieux modèle Moulinex aux formes arrondies et vintage, vendu autour de 30 €, me plaît finalement beaucoup plus parce que je lui ai donné une seconde vie.
Réparer, c’est aussi apprendre à se faire confiance.
Un vieux jean devient un nouveau bermuda
À force de faire du - jej’ai fini par user mon bermuda préféré. Plutôt que d’en acheter un nouveau, j’ai pris un vieux jean troué, quelques coups de ciseaux… et me voilà avec un nouveau short. Coût de l’opération : zéro euro.
Et, je dois l’avouer, porter un vêtement que l’on a soi-même transformé procure une petite satisfaction assez difficile à explique.
Faire avec ce que l’on a peut être étonnamment gratifiant.
Une calculatrice sauvée de la poubelle
J’avais également une vieille calculatrice Casio de Terminal, une fx-7000G, dont je ne pouvais pas me résoudre à me débarrasser, même si je savais que je pouvais la rapporter dans un point de collecte D3E. J’ai simplement acheté des piles pour vérifier qu’elle fonctionnait encore, puis je l’ai mise en vente sur Le Bon Coin. Elle est partie rapidement pour 15 €.
Grâce au bon d’expédition préaffranchi, je n’ai eu qu’à l’emballer dans des cartons récupérés et à déposer le colis dans un point relais. Le paiement a ensuite été effectué directement sur mon compte.
Là encore, j’ai ressenti une vraie satisfaction : celle d’avoir évité de jeter un objet encore parfaitement fonctionnel et de savoir qu’il allait être utile à quelqu’un d’autre.
La seconde main, c’est parfois simplement le plaisir de savoir qu’un objet va continuer son histoire ailleurs.

J'en ai fait aussi la photo titre de l'article, c'est un clin d’œil au PIB, qui comme disait, je ne sais plus qui, mesure et calcule tout ce qui vaut que vie vaut al peine d'être vécue.
Transformer plutôt que remplacer
Après la rénovation de mon appartement, je ne souhaitais pas conserver un triptyque de peintures abstraites qu’un ami m’avait offert. Plutôt que de m’en débarrasser, je les ai accrochées dans la cage d’escalier de ma copropriété. Et finalement, ils se marient parfaitement avec le décor et ils plaisent aux voisins !

Même chose pour deux poufs carrés noirs en tissu qu’on m’avait donnés et qui n’avaient plus vraiment leur place dans notre nouvel appartement.
Ma conjointe a eu l’idée de les relooker avec du tissu Wax trouvé dans une boutique tenue par un voisin. Celui-ci s’est ensuite chargé de confectionner les housses. Il n’a pas souhaité que nous le rémunérions.Aujourd’hui, chaque fois que je regarde ces poufs, je repense à sa générosité.

Réemployer un objet, c’est parfois aussi conserver et créer du lien.
Et si c’était ça, l’écofrugalité ?
Pourquoi est-ce que je vous raconte tout cela ? Tout simplement parce que mon mode de vie écofrugal égaye ma vie. Et ces quelques exemples ne sont qu’une petite délection de ce qui m’est arrivé ces trois derniers mois chez moi, je ne vous parle même pas du travail.
À travers eux, je constate que l’écofrugalité peut produire des bénéfices très concrets et immédiats : on économise de l’argent, on développe des compétences, on devient plus autonome, on rencontre des gens, on crée du lien, on donne une seconde
vie aux objets…
Et tout cela, en même temps, contribue à répondre à certains grands défis de notre époque : épuisement des ressources, gaspillage d’énergie, émissions de gaz à effet de serre…
Alors oui, les grands enjeux environnementaux peuvent donner le vertige. Mais peut-être que nous n’avons pas besoin d’attendre de voir les résultats positifs de nos actions à l’échelle de la planète pour trouver du plaisir à agir.
Il y a aussi ce qui se passe ici et maintenant : un objet réparé, un vêtement transformé, une rencontre inattendue, un peu d’argent économisé, un savoir-faire acquis, un voisin aidé, un objet qui trouve une nouvelle vie.
C’est peut-être cela que j’aime le plus dans l’écofrugalité : elle ne me donne pas seulement le sentiment d’agir pour le futur. Elle rend aussi mon quotidien plus riche, plus créatif et plus joyeux.
Et je pense que cette dimension mérite aussi d’être interrogée dans le monde professionnel. Comment redonner aux salariés davantage de pouvoir d’agir ? Comment créer des environnements de travail qui favorisent l’autonomie, l’apprentissage, la coopération, les échanges et le sentiment d’être utile ?
Comment faire de la transition écologique non pas seulement une contrainte supplémentaire, mais aussi une occasion de faire autrement, ensemble, et avec davantage de sens ?
C’est précisément ce que j’ai voulu transmettre dans le Guide Ecofrugal : non pas une liste de sacrifices à consentir pour sauver la planète, mais une multitude de façons de reprendre la main sur son quotidien, faire des économies, gagner en autonomie et agir concrètement pour l’environnement.
Si l’actualité vous donne parfois le sentiment d’être impuissant, pourquoi ne pas commencer par faire ce qui est à votre portée ?
Un petit geste. Une réparation. Un achat évité. Un objet réemployé. Une rencontre. Une nouvelle compétence. On ne changera peut-être pas le monde demain matin. Mais on peut déjà changer quelque chose aujourd’hui.
👉 Et vous, quels sont ces petits riens qui changent tout dans votre quotidien ? Partagez les en commentaire ! Une réparation dont vous êtes fier, un objet récupéré, une rencontre, une astuce qui vous fait économiser de l’argent, un vêtement
transformé, un partage avec un collègue…
Racontez-nous vos expériences. Une fois partagés, vos petits gestes deviennent de grandes sources d’inspiration pour les autres. C'est tout le principe des ateliers que nous proposons.
